Une introduction à l’écosystème français des start-up

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Incubateur, accélérateur, pépinière, « business angel », capital risque, pôle de compétitivité… Tous ces noms désignent des acteurs venant aider ou financer les jeunes entreprises innovantes. La France est plutôt bien dotée en structures d’accompagnement des start-up, mais celles-ci sont encore méconnues du grand public et (plus inquiétant) du monde économique. La connaissance et la maitrise de l’écosystème des start-up est pourtant devenue un enjeu crucial pour l’entreprise « classique », qu’il s’agisse de se différencier de la concurrence ou de se réinventer, en collaborant avec les entrepreneurs ou en rentrant à leur capital.

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Incubateur et accélérateur : accompagner les start-up

Incubateurs et accélérateurs sont deux types de structures d’aide, souvent confondues, dédiées aux start-up.

Un incubateur est un programme d’accompagnement dans la durée des entrepreneurs qui souhaitent concrétiser un projet ou une simple idée de création d’entreprise. Il peut s’étaler sur trois ans, l’hébergement des start-up est compris.  Les grandes écoles et le monde universitaire font figure de pionniers en la matière, citons par exemple BlueFactory pour l’ESCP- Europe, ou encore Agoranov incubateur commun à l’ENS Ulm, Paris VI, Dauphine et les écoles de Paris Tech. Paris est particulièrement bien dotée avec une série d’incubateurs thématiques : technologies numériques, nouveaux médias, finance, cleantech, jeux vidéo, sciences de l’ingénieur, édition numérique et tourisme sont ainsi regroupés sous la bannière de Paris&Co, l’agence de développement économique parisienne. 50 Partners se distingue par la présence de 50 entrepreneurs reconnus accompagnant chacun de 6 à 8 projets chaque année. La province est également très bien pourvue, citons notamment l’incubateur lillois Euratechnologies  ou encore le marseillais Belle de Mai.

Euratechnologies à Lille

Euratechnologies, une ancienne usine textile lilloise reconvertie notamment en incubateur.

Contrairement à l’incubateur, l’accélérateur est un programme court, généralement moins de 6 mois, permettant de doper ou de finaliser un projet existant en se basant sur un accompagnement intensif. D’habitude les start-up se voient affublées d’un mentor. Elles suivent des formations, par exemple au marketing ou à la levée de fonds. Souvent elles bénéficient des expertises de juristes ou de comptables. L’hébergement des start-up n’est pas forcément compris. Le Founder Institute, importé des Etats-Unis dès 2010, fût sans doute l’un des premiers accélérateurs en France. Il fût suivi par Le Camping, ouvert en 2011 par l’association Silicon Sentier, devenu aujourd’hui l’entreprise Numa Sprint. En province citons par exemple Idénergie à Nantes, Le Camping Toulouse ou BoostinLyon. Les grands groupes français ne sont pas en reste. Ils raffolent du format de l’accélérateur, sans doute parce que sa durée est davantage en phase avec les cycles de projets du monde de l’entreprise. Citons ainsi l’opérateur Orange qui a essaimé ses Orange Fab en France, aux Etats-Unis, en Pologne, en Côte d’Ivoire, en Israël et sur le continent asiatique. Microsoft a fait de même avec Microsoft Venture, une façon de promouvoir ses technologies auprès des start-up de Bangalore, Pékin, Berlin, Londres, Paris, Seattle et Tel-Aviv. Plus récemment le Groupe La Poste a lancé Start’in Post.

Pitch des start-up accélérées au Numa.

Quel est le modèle économique de ces structures ? Certaines, bénéficiant de subventions publiques ou privées, ne demandent aucune contrepartie financière à la start-up, c’est le cas de l’incubateur Euratechnologies. D’autres demandent une petite contribution, 447€ les trois mois d’accélération chez Microsoft Venture. D’autres enfin prennent une participation ultra minoritaire dans la start-up (3% pour l’accélérateur Numa Sprint) : c’est une façon pour la structure de se rémunérer à moyen terme en revendant ses parts dans les start-up à succès.

Lancé en 2013, The Family est un cas particulier, ni accélérateur, ni incubateur. Cette structure se définit comme associée et actionnaire minoritaire (3%) de ses 270 start-up, avec un suivi personnalisé, des formations à la carte, l’accès à une communauté de partenaires et une aide à la levée de fonds. Il n’y a pas d’hébergement à proprement parler mais un espace ouvert où se croisent les entrepreneurs. The Family a également créé un programme d’éducation à l’entrepreneuriat.

Nicolas Colin, Oussama Ammar et Alice Zagury, les fondateurs de The Family.

Espace de « co-working », pépinière et « makerspace » : un toit et des outils

D’une simple structure d’accueil pour des entrepreneurs de passage souhaitant partager leurs idées, à une véritable structure d’hébergement d’entreprise, la distinction entre espace de « co-working » et pépinière est en pratique assez floue. L’espace de co-working regroupe plutôt des entrepreneurs en phase de conception ou d’amorçage de leur start-up, tandis que la pépinière serait plutôt destinée à des start-up en phase de développement ou de croissance avec plusieurs salariés. L’espace de co-working est suffisamment ouvert pour abriter également des freelances ou des indépendants au côté des start-up. La pépinière peut proposer un certain nombre de ressources d’accompagnement mais, contrairement à un incubateur, il n’y a pas de notion de durée avec un programme ayant un début et une fin.

Parmi ces « toits » pour les entrepreneurs, citons notamment la société Pépinière 27, créée en 2008 par René Silvestre dans les anciens locaux parisien du journal l’Etudiant. La Pépinière 27 a fait des petits cette année en ouvrant, avec le Crédit Agricole, La Pépinière La Boétie. L’entreprise Numa, évoquée plus haut, propose des espaces de co-working à la journée ou au mois. Paris&Co n’est pas en reste avec Paris Soleillet, géré avec la CCI Paris – Ile de France. Cette dernière possède également l’étonnante et méconnue Pépinière République. Le réseau des Cantines propose des espaces de travail accessibles quotidiennement aux porteurs de projet non-structurés à Nantes, Toulouse, Toulon et Rennes.

La Pépinière La Boétie.

Certaines de ces structures ont choisi de se spécialiser, favorisant ainsi une émulation intra-communautaire. C’est le cas de la Ruche, dédiée à l’entrepreneuriat social. Mais l’un des lieux qui fait le plus parler de lui actuellement c’est Mutinerie, un espace de co-working créé par trois frères, Antoine, William et Eric van den Broek, ainsi que leur ami d’enfance Xavier Jaquemet. Sa devise ? « Libres ensemble ». Proche du mouvement de l’économie collaborative, Mutinerie constitue ainsi plus qu’un toit, un véritable état d’esprit.

Mutinerie et son café.

Une chaise, un bureau et une connexion internet : c’est l’offre de base d’un espace de « co-working » ou d’une pépinière. Celle-ci peut ensuite monter en gamme (bureaux fermés), être complétée par des services (bureau attitré, salle de réunion, mentoring, visioconférence, salle de sport…).

Il existe des offres basiques gratuites, c’est le cas du rez-de-chaussée du Numa accessible à tous. Les offres payantes ont soit une tarification à l’année au m2 (260€/m2/an à la Pépinière 27), soit selon un forfait mensuel par individu (290€/mois pour un temps plein à Mutinerie), soit selon un forfait journalier par individu (ex. : 20€/jour/personne pour un poste dédié chez Numa).

Les « FabLabs » et les « Techshops » désignent des variantes des « makerspaces ».  Ce sont des lieux proposant notamment des ressources de prototypage tels la gravure laser, la gravure de circuits imprimés, l’accès à une fraiseuse, une imprimante 3D. Ils ne s’adressent pas spécifiquement aux start-up, mais intéresseront celles qui développent des produits matériels, du « hardware ».

La différence entre FabLab et Techshop est à la fois philosophique et financière. Les FabLabs sont en principe ouverts à tous gratuitement, en échange de quoi chaque participant s’engage à en former d’autres à l’utilisation des machines-outils. Ils sont partisans du logiciel et du hardware libres. Les Techshops, payants, sont généralement de taille beaucoup plus importante que les FabLabs. On trouvera dans les Techshops une offre de service plus « professionnelle ».

Citons par exemple les techshops Usine io et zbis, ainsi que le Fablab de l’université de Cergy FacLab.

Le Faclab.

« Love money », « business angels », « capital risque » … Le financement des start-up.

Le « Love money » désigne les investisseurs initiaux d’un projet, généralement des parents ou des amis. Ils détiennent une partie du capital de l’entreprise et se rémunèreront en cas de vente de leurs parts (cession ou entrée en bourse). Il s’agit de montants faibles, de l’ordre de quelques milliers ou éventuellement dizaines de milliers d’euros.

Certaines structures proposent des prêts d’honneur et du coaching, citons les 72 associations du Réseau Entreprendre ainsi que le Réseau Initiative France. Les sommes en question restent inférieures à cent-mille euros.

Les « business angels » sont des particuliers qui investissent grosso modo de vingt à cinq cent mille euros dans les start-up en pleine naissance, généralement juste après les premiers financements publics. Citons l’une de leurs associations, France Angel.

Les fonds d’amorçage investissent plutôt entre cent mille et trois millions d’euros. Citons par exemple Kima Ventures, le fonds de Xavier Niel, qui place généralement cent cinquante mille euros par start-up.

Ils sont suivis dans la « chronologie » du financement par les fonds de capital risque qui investissent jusqu’à dix millions environ dans des entreprises plus mûres. Citons par exemple XAnge, Alven, Partech, Serena Capital, Idinvest

Enfin le capital développement prend le relai pour des investissements supérieurs à cinq millions d’euros.

Dans la pratique ce chainage simpliste est loin d’être linéaire. La différence capital risque versus capital développement n’est pas qu’une question de montant levé, c’est d’abord une question de maturité. Le capital développement finance d’avantage le développement que le démarrage de l’entreprise. Ainsi le chainage post capital risque peut être… un plus gros fonds de capital risque étranger !

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Bpifrance, la Banque Publique d’Investissement, accompagne les entreprises à chaque étape de leur développement, de l’amorçage à la croissance, sous la forme de prêts, de garanties, de subventions ou d’investissements directs.

Si la puissance publique intervient par le biais de Bpifrance et de participations aux prêts d’honneurs, elle finance également les start-up via le statut de Jeune Entreprise Innovante et le Crédit Impôt Recherche.

Et le financement participatif dans tout ça ? Le « crowdfunding » consiste à faire appel à une foule d’individus pour financer un projet. C’est un mode d’investissement direct qui ne fait pas appel aux acteurs traditionnels de la finance. Il existe différents modèles économiques pour ces plateformes : l’entrée au capital (ex. : Smart Angels), le prêt (ex. : Spear), le don avec contrepartie (ex. : KickStarter)… C’est également un excellent moyen pour les entrepreneurs de tester l’appétence du marché pour leur projet.

Les niveaux des montants levés en financement participatif le place en concurrent du « love money » et, de plus en plus, des business angels. Mais il faut garder en tête que certains projets explosent les plafonds, comme ce fut le cas avec la montre connectée Pebble. Celle-ci récolta dix millions d’euros sur Kickstarter sans même avoir de produit commercialisé.

En France le financement participatif sous forme de prêt est limité à mille euros par prêteur et ne peut dépasser un total d’un million d’euros par projet.

Cette présentation est évidemment très simplifiée, nous ne sommes pas entrés dans le détail des « family offices », des « holdings » ou encore du « media for equity ».

Les autres structures d’aide à l’économie numérique

Les huit pôles de compétitivité numériques français, à l’image de Cap Digital en Ile de France ou Minalogic en Rhône-Alpes, contribuent à aider les start-up que ce soit pour se développer,  trouver des fonds, rencontrer des clients ou, tout simplement, gagner en visibilité.

De nombreuses associations d’aide à l’économie numérique parsèment aujourd’hui le territoire. Nous en avons vu plusieurs ci-dessus, citons également le MoovJee, l’IE Club, l’EBG, France Digitale ou Girls in Tech qui contribuent à aider ou faire connaître les entrepreneurs français.

Les grandes entreprises sont de plus en plus parties prenantes de cet écosystème, en aidant, en finançant, en co-construisant avec ou en étant clientes des start-up. La diversité de ces collaborations mériterait un article à elle toute seule.

Enfin il existe une foule d’événements qui rassemblent régulièrement la communauté des start-up françaises.

Chaque année LeWeb et Futur en Seine à Paris, le Web2Day à Nantes, le BlendWebMix à Lyon, contribuent à promouvoir l’écosystème des start-up sous forme de conférences et d’expositions.

Chaque mois le Start in Paris permet à des entrepreneurs franciliens de présenter en cinq minutes leur projet devant un public de professionnels et de passionnés.

Autre événement, le Startup Weekend consiste à créer une start-up en cinquante-quatre heures. Les participants viennent de tous horizons et réunissent notamment des développeurs et des marketeurs. Ceux-ci peuvent ainsi se rencontrer et se rassembler autour d’un projet.

Un Startup Weekend à Strasbourg.

Et la Frenchtech dans tout ça ?

Tous les acteurs de l’écosystème des start-up cités dans cet article ont vocation à se rassembler sous la bannière Frenchtech, créée par le gouvernement pour le fédérer. Frenchtech c’est également une démarche de labellisation des régions les plus dynamiques en « Métropoles French Tech ». Frenchtech c’est aussi 200 millions d’euros destinés à financer les accélérateurs de start-up. Enfin Frenchtech ce sont 15 millions d’euros pour promouvoir l’écosystème à l’étranger.

 Les 9 premières métropoles FrenchTech

Pour conclure

La concurrence de plus en plus forte entre les acteurs de l’innovation pousse certains d’entre eux à s’internationaliser ou à changer de statut. Le NUMA compte ainsi ouvrir 15 nouveaux sites à l’étranger et va, pour l’occasion, se muer en entreprise.

Vous l’aurez compris, l’écosystème français des start-up est très riche, trop sans doute pour être résumé en un article. La diversité des intervenants en fait, quoi qu’il en soit, l’antichambre passionnante d’une économie numérique en perpétuelle réinvention.

Pour aller plus loin, je vous conseille l’excellent Guide des startups High-Tech en France par Olivier Ezratty, ou encore Backpack, le guide de l’aventure entrepreneuriale par Madyness.

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Passionné d'innovation, ex Natixis, Groupe La Poste et Lab vente-privee.com. Le Phare Digital est un blog personnel, mes opinions n'engagent bien évidemment que moi.

Suivre @fgueno sur Twitter.

1 commentaire(s)
Yves

20 octobre 2015 15 h 23 min Répondre

Très beau tour d’horizon, simple et complet ! Il manque juste les très innovants programmes d’accélération en ligne de leanstrategy4startups.com

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