Start-up : tendances à la mi-2016

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Quelles tendances ou nouveautés retenir parmi les start-up ? J’ai fait le tri parmi celles m’ayant marqué au premier semestre : des « signaux forts », corroborés par plusieurs start-up, et des « signaux faibles », répartis par secteurs d’activité.

 

I – Signaux forts

Les « robo-advisors » remplacent les conseillers patrimoniaux

Les start-up Advize, Marie Quantier, Fundshop, Yomoni et WeSave ont toutes pour point commun de mettre leurs algorithmes de gestion financière à disposition des particuliers. Après avoir dressé votre profil de risque, elles remplacent ou complètent les conseillers patrimoniaux par une allocation d’actifs automatisée, rationnelle et basée sur une pure performance statistique. On parle de « robo-advisors ». Leurs équivalents américains Wealthfront, Betterment et Personal Capital ont déjà levé plus de 5 milliards de dollars. Il est intéressant de noter que les produits boursiers proposés par ces acteurs mêlent parfois aux ETF (fonds indiciels) les fonds de sociétés de gestion traditionnelles (humaines).

Fundshop et MarieQuantier se rémunèrent avec un abonnement mensuel fixe, indépendant du montant investi (respectivement 9€ et 5€90 par mois). Advize et Yomoni se rémunèrent en frais de gestion (à partir de 0,6% par an pour Advize, entre 0,6% et 1,6% pour Yomoni). Ces business models excluent de facto les clients qui ne disposent pas d’une enveloppe minimum de un ou plusieurs milliers d’euros, mais abaissent fortement le seuil traditionnel d’accès au conseil patrimonial (de l’ordre de 500 000 euros d’actifs pour une banque privée).

L’essor des « robo-advisors » constitue une nouvelle façon de distribuer et de gérer l’épargne des particuliers aisés. S’ils s’attaquent au conseil financier, les « robo-advisors » ne remettent pas en cause pour autant la gestion de conviction et de performance (c’est-à-dire les gérants humains de fonds).

 

 

Les « blockchains » remplacent les tiers de confiance

Une « blockchain » est un registre extrêmement sécurisé et facilement auditable. Cette technologie, popularisée par la monnaie Bitcoin, menace de remplacer les tiers de confiance dans des activités très diverses :

Et demain le vote en ligne, la gestion de cadastre, les notaires ?

La tendance est tellement forte qu’une start-up comme Elliptic, spécialisée dans l’audit de sécurité des « blockchains », vient de lever 5 millions de dollars aux Etats-Unis.

Les « blockchains » peuvent être des menaces mortelles pour les tiers de confiance qui bénéficieraient d’une simple rente de position, moins pour ceux ayant un rôle de médiation ou de conseil.

 

 

Le retour du travail indépendant entraine l’essor des plateformes d’intermédiation

Weslash est une place de marché dédiée au travail temporaire. Les entreprises viennent y chercher des étudiants sélectionnés par la plateforme. La start-up s’occupe de leur enregistrement en tant qu’auto-entrepreneur, des assurances et joue le rôle d’intermédiaire de paiement. Le coût est de 15 euros de l’heure pour l’entreprise, quelle que soit la tâche, Weslash se rémunère par une commission de 20%. Sur le même créneau citons Studitemps et Academic Work.

Du côté des professionnels, Hopwork fait de même avec des freelances. Thumbtack et Starofservice permettent d’obtenir des devis (ex. plombier, couvreur, paysagiste, professeur de piano…).

D’autres start-up ont choisi de se spécialiser sur des verticales spécifiques. Fred de la compta est une plateforme de mise en relation et de communication entre les entreprises et les comptables, couplée à un système de dématérialisation des documents comptables.

L’essor de ces plateformes d’intermédiation traduit le retour du travail indépendant et du travail à la tâche, prédominant avant la révolution industrielle et l’invention du salariat. C’est une déclinaison du modèle d’Uber (mise en relation d’une offre et d’une demande de service par le biais d’une plateforme d’intermédiation) à d’autres verticales.

 

 

Les auto-écoles se font particulièrement « uberiser »

Deux modèles d’auto-écoles en ligne coexistent :

  • Un modèle « brick and mortar ». PermiGo et Auto-ecole.net ont des salariés en propre, possèdent leur flotte de véhicules et détiennent des locaux.
  • Un modèle « pure player ». Sans locaux ni salariés, Le Permis Libre, Ornicar et En Voiture Simone mettent en relation élèves et moniteurs indépendants. Ces derniers s’occupent du véhicule à double commande. Le modèle est moins cher pour les élèves qu’une auto-école classique et nettement plus rémunérateur pour les moniteurs. Le secteur est soumis à l’obtention d’un agrément préfectoral que certains de ces acteurs réussissent à obtenir.

 

 

Les médecins acquièrent du trafic via internet

Trois modèles co-existent :

  • La prise de rendez-vous en ligne. C’est ce que propose KelDoc. Les grands groupes de communication investissent à tour de bras dans ces start-up : Lagardère dans Doctolib et Mondocteur; Vivendi dans RDVmedicaux.
  • Le télé-conseil. Teleclinic, Médecin Direct et MesDocteurs sont des plateformes permettant une mise en relation 24h sur 24 avec un médecin, sur ordinateur, tablette, smartphone, parfois via téléphone. Chez Teleclinic et Médecin Direct ce sont les mutuelles qui payent. MesDocteurs a opté pour une tarification à la minute du patient.
  • La télé-consultation. La startup H4D utilise une véritable cabine connectée munie de capteurs permettant au médecin de mesurer à distance la température, la pression artérielle ou encore d’effectuer un électrocardiogramme.

La plupart des start-up de télé-conseil ou de télé-consultation sont très dépendantes du système de sécurité sociale, des mutuelles et des compagnies d’assurance, qui payent tout ou partie du service. Elles préfigurent peut être un futur système de réassurance médical, parallèle au système classique, réservé à une population aisée.

 

 

II –  Signaux faibles par secteurs

 

Fintech
  • N26, anciennement Number26, propose un compte courant mis à jour en temps réel. La start-up casse les prix des services bancaires (change au taux interbancaire, paiements et retraits gratuits à l’étranger…) en se basant sur différents acteurs des Fintech. Cette plateforme bancaire mobile ringardise les banques en ligne des années 2000. Retrouvez mon article sur N26 ici.
  • Revolut casse également les prix du change avec son portefeuille électronique multi-devises. Celui-ci prend la forme d’une carte pré-payée MasterCard. Comme pour N26, le change se fait au taux interbancaire. Les paiements et retraits à l’étranger sont gratuits (dans la limite de £500 pour les retraits).
  • Fairr.de est une place de marché de fonds de pension en ligne, se distinguant par la faiblesse de ses frais.
  • Treefin est un service de gestion des finances personnelles (PFM) allemand, au même titre que les français Bankin et Linxo. Une commission sur la vente de produits financiers ou d’assurance rémunère la start-up.
  • SharePay s’adresse aux jeunes couples et aux colocataires. La start-up fournit une MasterCard qui partage automatiquement les paiements entre deux comptes bancaires. Il en coûte 48 euros pour 2 ans. La startup se rémunère également sur la commission interchange et la commission commerçant.

 

E-commerce et consommation
  • Swaven a conçu un bouton d’achat à rajouter aux bannières publicitaires des marques. Ce bouton géolocalise le client et lui propose d’acheter le produit chez le distributeur de son choix. Toute l’originalité de cette solution consiste à rendre transactionnelle une classique campagne de « branding ».
  • L’application Stepin, copie de l’américaine Shopkick, propose de récompenser les particuliers pour leurs visites en magasin, sans obligation d’achat. L’utilisateur de l’application s’identifie devant les rayons du magasin par ultrasons et gagne ainsi des points. Eram, Celio, Orange et Citadium l’utilisent pour acquérir du trafic en points de vente. Chez ce dernier, le taux de conversion des visiteurs en clients aurait été de 30%.
  • TokyWoky et Howtank permettent aux clients d’un même site e-commerce de chatter entre eux. La Redoute, Blablacar, Allo Resto, Auchan ou encore Citroën ont intégré de telles solutions à leurs sites.

 

Marketing et média
  • Niland est un moteur de recommandation de musique qui s’appuie sur les ressemblances entre morceaux. Cet algorithme de « deep learning » pourrait trouver tout un tas d’applications, que ce soit chez les particuliers, désireux de recommandations plus pertinentes, ou chez les professionnels pour faciliter le choix de bandes-son. Dans la même veine, citons les concurrents Echonest (acquis par Spotify) et Mood Agent. Vous pouvez tester la solution ici.
  • Le « Do It Yourself » est à la mode avec Makerist. La startup propose des cours pour apprendre à faire du travail manuel, vidéos ou ebooks. Exemples : 14€ les 4 cours de couture en vidéo ; 5€ l’e-book pour apprendre à tricoter une veste. Une démarche similaire à celles de Skillshare ou Tuto.com, qui vendent parfois aussi le matériel ad hoc. L’étape suivante consisterait à vendre ces créations sur une plateforme semblable à Etsy.
  • Spectrm illustre la montée en puissance de Facebook Messenger comme plateforme de distribution de contenus et de services. La start-up permet de programmer la diffusion de messages riches et personnalisés, de créer des robots conversationnels et d’analyser les retours utilisateurs et les statistiques clients. Spectrm prend également en charge les messageries Telegram et Slack.
  • Reminiz utilise son algorithme de reconnaissance faciale afin de détecter les célébrités présentes dans les vidéos. Le diffuseur peut alors compléter la vidéo par des contenus relatifs, avec des liens transactionnels affiliés.  Reminiz est en cours de déploiement dans toutes les box d’Orange.
  • Jack est une application de messagerie originale : l’utilisateur choisit quand et combien de temps son message sera lisible. Jack fait partie des applications de messagerie basées sur le temps, au même titre que Snapchat, Wickr, Incubate, tizU, Chestnote ou encore TimeCapp.

 

Logistique
  • Urbismart combine transport longue distance et dernier kilomètre avec son service de massification logistique, disponible à Paris, Marseille, Lyon et Bordeaux. Chaque jour un camion transporte l’ensemble des commandes d’une rue ou d’un quartier, puis ramène les retours. Urbismart a été sélectionné par la mairie de Paris dans le cadre de son appel à projet « Logistique Urbaine Durable ».
  • Globshop est une plateforme permettant d’acheter un produit à l’étranger par l’intermédiaire d’un voyageur. Globshop s’assure de la légalité des produits demandés sur sa plateforme et indique les franchises de douane. Le voyageur-transporteur perçoit 6 à 25 euros par voyage, la plateforme 3 à 5 euros. Il s’agit essentiellement de nourriture, de high tech ou de produits de beauté.

 

Outil pour l’entreprise
  • Gwapit est un outil de gestion des processus de travail. Il centralise les SMS, les emails et les notifications (Github, Jira ou Slack). Une intelligence artificielle les transforme en tâches et leur attribue un degré de priorité. Dans le même ordre d’idée, la start-up Lili.ai se concentre, elle, sur les comptes rendus de réunion pour les transformer en tâches.
  • Evercontact met à jour vos contacts de façon automatique à partir de la signature des emails. Mais l’outil sera surtout bien utile dans les entreprises qui disposent de bases de données partagées. Evercontact devient alors un outil de gestion des contacts participatif. Comptez entre 38 et 75 euros pour analyser une fois pour toute vos anciens emails, puis un abonnement variant de 0 à 14 euros par mois.
  • Kantwert analyse les relations entre individus et/ou entreprises, en se basant sur leurs relations. L’arbre de relations qui en découle est notamment utile en gestion du risque pour les secteurs de la banque ou de l’assurance.

 

Confiance
  • La start-up belge Cvtrust se propose d’authentifier les diplômes universitaires de façon numérique, afin d’éviter les CV mensongés. La start-up Bitproof fait de même en se basant sur une « blockchain ».

 

Merci à Aymeric Raoult et Solveig Courvoisier, dont les travaux m’ont fortement aidé pour la partie Blockchain.

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Passionné d'innovation, ex Natixis, Groupe La Poste et Lab vente-privee.com. Le Phare Digital est un blog personnel, mes opinions n'engagent bien évidemment que moi.

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